« La formation du personnel est du travail sur mesure, pas une science exacte »

Le Conseil national du travail (CNT) publie aujourd’hui son avis sur le projet de loi du ministre de l’Économie et de l’Emploi Pierre-Yves Dermagne (PS) visant à renforcer les efforts de formation dans les entreprises. Aussi nobles que soient les objectifs poursuivis par ce projet de loi, nous, les organisations d’employeurs au sein du CNT, les trouvons irréalistes, voire contre-productifs. Le fait que les organisations syndicales ne partagent pas cet avis n’est un secret pour personne. Et c’est ainsi que le CNT a émis un avis partagé, ce qui place la balle dans le camp du gouvernement. Notre message au gouvernement est clair : rejetez ce projet de loi, ou du moins ne le laissez pas passer tel quel, car il fera plus de mal que de bien.


Pieter Timmermans, CHIEF EXECUTIVE OFFICER Monica De Jonghe, COMPETENCE CENTRE LABOUR & SOCIAL SECURITY
28 June 2021

Nous sommes tous d’accord sur un point : le capital humain est crucial dans toute entreprise. Nos employeurs sont donc heureux d’investir beaucoup dans la formation (continue) de leurs collaborateurs, que ce soit via des formations formelles ou via des moments d’apprentissage plus informels sur le lieu de travail. Mais le but est toujours d’obtenir le meilleur résultat possible pour aller de l’avant ensemble.

Un certain nombre de chiffres d’Eurostat, intéressants mais souvent méconnus, montrent à quel point nous sommes déjà performants à cet égard. Qui sait, par exemple, que nos entreprises belges investissent en moyenne au moins 2,4 % de leurs coûts salariaux dans la formation, comptant ainsi parmi les meilleurs élèves de la classe européenne ? Qui sait que nous occupons une place de choix au niveau de l’offre de formations professionnelles ? Et qui sait que nos entreprises dépensent quelque 1.405 EUR par travailleur pour la formation, un montant presque 2,5 fois supérieur à la moyenne européenne de 585 EUR ?

Surtout en cette période où la pénurie sur le marché du travail bat à nouveau son plein, les employeurs remuent ciel et terre pour trouver le personnel adéquat, le garder et/ou le former. Ces efforts s’inscrivent dans le droit fil de leur engagement formel à faire monter tous les talents à bord et à contribuer au relèvement du taux d’emploi à 80 %.

Nous sommes donc d’accord avec le ministre et le gouvernement sur les objectifs, que cela soit clair. Mais pas sur la voie à suivre. Le ministre souhaite par exemple que les secteurs fassent bientôt suivre à tous leurs travailleurs au moins cinq jours de formation par an (ou l’équivalent). Mais ce n’est pas comme ça que ça marche, bien sûr. La formation du personnel est un travail sur mesure et non une science exacte. La bonne approche ne peut se résumer à des chiffres arbitraires, car chaque entreprise et secteur est différent et les besoins des entreprises et des collaborateurs varient. Le projet de loi va également totalement à l’encontre de l’autonomie et de la liberté sectorielles prévues dans l’accord de gouvernement pour atteindre des objectifs maximaux en matière de formation et d’emploi de manière pragmatique. Pour nous, ces principes sont sacrés et nous comptons donc sur le gouvernement pour tenir parole.

Comme dans de nombreuses discussions, il y a un aspect dont personne ne parle, à savoir la responsabilité propre des travailleurs. Il est frappant de constater à quel point le projet de loi se focalise une fois de plus entièrement sur les devoirs, les responsabilités et les sanctions des employeurs, alors que — comme le montre la pratique — ce sont surtout les travailleurs qui ont besoin d’une épée dans les reins. Les chiffres d’Eurostat sont éloquents : à peine 45,2% de la population déclare avoir suivi une formation récemment.  Et 41,8% affirment franchement ne pas être disposés à le faire...

Pourtant, les incitants ne manquent pas, les plus évidents étant le congé éducatif payé (CEP) et le crédit-temps pour la formation. Il faut aussi souligner la liberté — encore grande — de choix de formations pour les travailleurs désireux d’apprendre qui veulent bénéficier de ce système. Heureusement, l’époque où les travailleurs pouvaient prendre un congé – payé — pour suivre un cours de méditation par exemple est désormais révolue. Mais le CEP leur permet toujours de s’absenter de leur travail jusqu’à 16 jours pour suivre une formation qui n’est pas nécessairement utile pour leur emploi actuel ou futur au sein de l’entreprise. En tant qu’organisations d’employeurs, nous estimons qu’il n’est pas normal que nos entrepreneurs n’aient pas leur mot à dire sur la trajectoire de formation de leurs collaborateurs, alors que ce sont en définitive eux qui la financent directement ou indirectement.

En tant qu’employeurs, nous poursuivons le même objectif que le gouvernement : former des collaborateurs compétents et motivés qui se sentent bien, sont performants et contribuent ainsi à faire fonctionner notre économie au maximum de son efficacité. La motivation pour l’atteindre nous est intrinsèque et nous ferons tout pour le réaliser. Mais seulement si nous pouvons le faire à notre manière, de façon pragmatique et à la mesure du travailleur et de l’entreprise. Ne laissez pas ce projet de loi passer tel quel !

Danny Van Assche, administrateur délégué UNIZO,
Pieter Timmermans, administrateur délégué FEB,
Monica De Jonghe, directrice générale FEB
Arnaud Deplae, secrétaire général UCM,
Sonja De Becker, présidente Boerenbond,
Michaël De Gols, directeur UNISOC

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