Une timide éclaircie dans un horizon toujours bien sombre

Ce mardi 11 octobre 2022, le Premier ministre De Croo a prononcé sa déclaration de politique générale devant le Parlement. S’agissant du dernier grand rendez-vous avant les élections, un budget pour 2023 ainsi que pour 2024 a été introduit. Comme nous avons pu le constater à travers les médias, ce fut un exercice tout sauf facile. Les contradictions au sein de la coalition Vivaldi se sont douloureusement fait sentir.


Pieter Timmermans, ADMINISTRATEUR DÉLÉGUÉ
12 octobre 2022

Certains voulaient dépenser, d’autres taxer davantage. Les uns prônaient des réformes structurelles, alors que d’autres se contentaient de mesures fragmentaires. Certains se souciaient de l’équilibre budgétaire pour éviter de transmettre des factures aux générations futures, tandis que d’autres se sentaient moins ou pas du tout concernés et ne s’intéressaient qu’au très court terme. Avec le résultat prévisible que le budget est devenu un melting pot contenant un peu de tout, sans que le gouvernement n’adopte la moindre mesure structurelle. Au moment de la rédaction de cet article, nous ne disposons pas encore de tous les textes ou notifications. Mais cela ne nous empêche pas de déjà épingler quelques éléments.

L’érosion de la compétitivité enfin prise en compte

Le handicap belge des coûts salariaux – l’écart salarial avec nos principaux partenaires que sont la France, les Pays-Bas et l’Allemagne – se rapproche à nouveau des 16%. Les neuf indexations de 2% pour la période de septembre 2021 à juillet 2023 vont secouer dangereusement nos entreprises. Et si celles-ci ne parviennent plus à écouler leurs produits ou services en raison de ce handicap concurrentiel, nous serons alors confrontés à un très grave problème, à savoir des pertes d’emplois et des pertes de revenus ! C’est la raison pour laquelle il est tellement important que le gouvernement ait confirmé l’application de la loi sur la norme salariale aux partenaires sociaux. Il s’agit en effet de la seule balise claire dont disposent encore les entreprises en ce moment.

En outre, nous saluons le fait que le gouvernement fédéral ait décidé d’aider les entreprises à atténuer quelque peu l’explosion de leurs coûts salariaux grâce à une mesure simple, directement applicable. La réduction définitive des cotisations patronales de 7,07% pour le premier semestre 2023 et la possibilité pour les entreprises de reporter le paiement de leurs charges patronales des troisième et quatrième trimestres 2023 jusqu’en 2025 donneront aux entreprises la bouffée d’oxygène dont elles ont besoin.

C’est une bonne chose que cette réduction/ce report de charges s’applique à la majorité des entreprises. Il faut certes déplorer que cette mesure ne soit que temporaire. En effet, dès 2024, les charges patronales seront à nouveau appliquées dans leur intégralité et en 2025, les entreprises devront rembourser en plus les charges reportées du second semestre 2023. Par conséquent, le handicap concurrentiel sera loin d’être éliminé en 2024 ou 2025. Bref, le budget permet une timide éclaircie, mais celle-ci ne dissipera pas les nuages qui s’amoncellent à l’horizon.

Taux d’emploi : aucun pas significatif vers les 80%

Les mesures annoncées pour poursuivre la réforme du marché du travail ne sont qu’un petit pas dans la bonne direction. Or, atteindre effectivement un taux d’emploi de 80% d’ici à 2030 demeure le meilleur moyen de garantir la viabilité financière du budget. Mais si nous voulons porter effectivement le taux d’emploi à 80%, il faudra procéder à des changements plus nombreux et plus décisifs.

« L’érosion de la compétitivité est enfin prise en compte, mais un deal pour l’emploi 2.0 fait défaut »

L’extension des flexi-jobs et le nombre maximum d’heures de travail des étudiants constituent des pas en avant, mais à elles seules, ces mesures ne nous permettront pas d’atteindre l’objectif de 80%. Nous ne pouvons que constater l’absence de réformes majeures absolument indispensables pour permettre une détente sur le marché du travail et par conséquent soulager le budget. Un deal pour l’emploi 2.0 fait défaut.

Dernière carte sur la table en décembre

Enfin, le gouvernement jouera une dernière carte en décembre 2022. À l’issue du conclave budgétaire, il a été décidé que le ministre des Finances pourra présenter d’ici la fin de l’année une proposition concrète pour une première étape dans la réforme fiscale. Personne ne verra d’objection à ce qu’une bonne réforme fiscale, réfléchie et équilibrée, soit menée. À condition toutefois de :

(1) ne pas faire supporter le financement de cette réforme par les entreprises ;

(2) ne pas baser la politique RH dans le secteur privé sur la politique RH rigide de la fonction publique en excluant toute une série d’outils RH par la taxation ;

(3) retirer de l’index la fiscalité visant à induire certains comportements (les écotaxes, par ex.) (Il n’a en effet aucun sens de vouloir modifier le comportement de certains acteurs par le biais de la fiscalité si cette incitation est réduite à néant par l’indexation automatique et donc répercutée sur les entreprises) ;

et enfin, (4) ne pas pénaliser l’entrepreneuriat et l’envie d’entreprendre.

 

Nos partenaires

Domaines d'action

Un environnement entrepreneurial optimal est essentiel à une économie saine et à une croissance durable. La FEB entend contribuer à la création et au maintien d'un tel environnement, notamment en suivant attentivement tous les dossiers qui touchent de près la vie des entreprises. Voici, regroupés sous 18 thèmes, les dossiers sur lesquels elle concentre ses réflexions et initiatives.


Newsletters FEB et communiqués de presse

Inscrivez-vous et recevez chaque semaine, dans votre boîte mail, les derniers articles parus.