Let's Talk, le podcast de la FEB, avec Herman Nijns, CEO Randstad Group BeLux

Dans Let’s Talk, la FEB vous fixe rendez-vous, chaque dernier jeudi du mois, avec une figure clé du monde entrepreneurial en Belgique. Nous cherchons à mieux connaître la femme ou l’homme qui se cache derrière ce grand patron. Quel est le moteur qui la ou le pousse à faire tourner son entreprise 24 h sur 24, 7 j sur 7 ? La passion des chiffres, les gènes, l’ambition... Let’s Talk… raconte une histoire personnelle, un businesscase dynamique sur la scène et dans les coulisses. Vous entendrez aujourd’hui Herman Nijns. Expert chevronné du monde du travail, il défend avec conviction la force et la valeur de 'toute forme de travail' pour l’homme et pour la société.

 

« Travailler, c’est gagner »

Plus de 60 ans après la création de Randstad, le prestataire de services en ressources humaines aide chaque année deux millions de personnes dans le monde à trouver du travail. Herman Nijns a vécu presque la moitié de cette période de croissance. Le CEO de Randstad Group Belux croit en la volonté positive de l’homme de travailler et au sens que donne le travail. « L’activation doit être valorisée, car toute forme de travail mérite le respect. »

Titulaire d’un diplôme de traducteur-interprète danois-anglais, il a commencé à travailler comme consultant en 1988 pour la société Interlabor. À l’époque, le travail intérimaire représentait à peine 0,7% du marché du travail. Herman Nijns ne se croise pas les bras, il saisit l’occasion de développer un réseau d’agences en Belgique et avance ainsi rapidement dans l’entreprise. En 2005, il devient CEO de Randstad Group Belgique et Luxembourg, le plus grand prestataire de services en ressources humaines de notre pays et le leader du marché du travail intérimaire et de l’outplacement.

Cohésion et pénurie

La pandémie de coronavirus a bouleversé le monde du travail intérimaire. Le monde du travail va-t-il se rétablir comme avant ? Reviendra-t-on à la normale ? Ou l’ADN de ce monde aura-t-il été modifié à jamais à certains égards ? « La crise sanitaire a accéléré certaines tendances, comme la digitalisation des processus de travail et le travail indépendant des horaires et du lieu d’activité. Bien sûr, nous devrons abandonner certaines habitudes de l’ancienne normalité, mais il reste à voir dans quelle mesure nous adopterons la nouvelle normalité. » Personnellement, Herman Nijns espère que nous évoluerons vers une nouvelle société « où nous réapprenons vraiment à apprécier le lien avec le travail et les gens, ce qui nous a tant manqué pendant la crise sanitaire ».

En revanche, la pénurie sur le marché du travail ne disparaîtra pas et restera un immense défi structurel. L’inadéquation entre l’offre et la demande n’est plus liée à la conjoncture et obligera le monde des entreprises à concevoir autrement sa politique du personnel. “Les entreprises et leurs collaborateurs doivent prendre conscience que la perle rare n’existe pas et que le recyclage et la formation sont essentiels pour développer les talents dont le marché du travail a besoin. De plus, des talents disponibles, mais difficilement accessibles, restent insuffisamment exploités. »

 

Chômage versus réintégration

Herman Nijns a exprimé à plusieurs reprises son mécontentement quant au fait que notre système de marché du travail permet aux gens de rester inactifs. Un sujet brûlant dans cette discussion est l’allocation de chômage à vie en Belgique. « Quel est le degré d’estime de soi d’une personne qui est au chômage depuis des années et qui est méprisée par la société pour cela ? » Herman Nijns est partisan d’un modèle limité dans le temps, socialement acceptable, tel qu’il existe en Scandinavie, où les demandeurs d’emploi reçoivent des allocations substantielles pendant un certain temps et font l’objet d’un suivi intensif dès le premier jour. « Cette vision claire se traduit par une participation au marché du travail beaucoup plus élevée que chez nous. Pourquoi n’introduirions-nous pas aussi un tel système ? Il table beaucoup plus sur la valorisation des talents de chacun. De plus, la société donne ainsi le signal qu’elle ne se contente pas de soulager les gens, mais qu’elle veut réellement les aider. »

On libère ainsi des moyens qui peuvent être investis dans le retour au travail. Il n’est plus acceptable aujourd’hui que l’Inami paie plusieurs milliards d’allocations, alors que notre pays ne consacre même pas 100 millions EUR à la réintégration.

 

Freedom within the frame’

L’auteur et entrepreneur Peter Hinssen écrit dans son dernier livre ‘The Phoenix and the Unicorn’ que le coronavirus peut projeter les ressources humaines dans le 21e siècle. Il veut dire par là que les ressources humaines peuvent être un vrai moteur de changement dans l’entreprise. “Les gens ont un cerveau qui cherche des solutions, écrit Daniel M. Cable dans son livre ‘Alive at Work’. L’ironie veut que l’entreprise a tendance à neutraliser cette qualité intrinsèque en dirigeant ses collaborateurs autant que possible par des procédures et des processus. C’est une erreur ! Il faut faire confiance aux gens, leur donner un cadre et leur laisser la liberté de donner le meilleur d’eux-mêmes dans ce contexte. » Il appartient aux RH de libérer au maximum le potentiel et le capital humain afin de stimuler l’innovation, le changement, l’évolution et la croissance. Herman Nijns n’affirme pas que ce nouveau style de ‘freedom within the frame’ est générationnel. « Il est plutôt de l’ordre du trait personnel et dépend du leadership dans l’entreprise. »

 

Flexible et numérique

Aujourd’hui, le taux de pénétration du travail intérimaire s’élève à 2,5% et chaque entreprise belge de plus de 200 travailleurs fait appel à des talents flexibles. Cela représente environ 45.000 intérimaires par semaine et 172.000 travailleurs flexibles par an. Mais la digitalisation croissante fait aussi augmenter la résistance. « À tort. Les chiffres prouvent que le travail intérimaire est le tremplin idéal vers un emploi fixe. Et ce n’est qu’un argument parmi d’autres. Les syndicats feraient mieux de diriger leurs critiques vers le travail via les plateformes, qui est beaucoup moins réglementé que le secteur de l’intérim. »

Même chose pour la digitalisation croissante. Il y a cinq ans, une étude d’Oxford affirmait que 90% des emplois existants allaient disparaître. « Des emplois ‘existants’ », insiste Herman Nijns. « La digitalisation contribuera à remédier à la pénurie structurelle sur le marché du travail. Le travail ‘humain’ sera toujours nécessaire. La digitalisation n’est donc pas une menace, mais une opportunité, pour autant que nous soyons prêts à continuer d’apprendre et à nous adapter aux nouveaux besoins, sans perdre de vue les groupes les plus vulnérables sur le marché du travail. »

« On ne rend pas les gens plus heureux en les laissant attendre quelque chose qui n’arrivera jamais »

 

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Bloquez dès à présent dans votre agenda la date pour le prochain podcast Let’s Talk de la Fédération des entreprises de Belgique. Notre invité Jean Eylenbosch (Vice-président European Government Relations chez Coca-Cola Europacific Partners & Director Belux) est un observateur passionné du secteur alimentaire. Il sera question de fiscalité, de comportement du consommateur, d’alimentation équilibrée, de responsabilité partagée, de tri sélectif. Jean Eylenbosch appelle un chat un chat et n’aime pas tourner autour du pot. À écouter dès le jeudi 29 juillet 2021.

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Un environnement entrepreneurial optimal est essentiel à une économie saine et à une croissance durable. La FEB entend contribuer à la création et au maintien d'un tel environnement, notamment en suivant attentivement tous les dossiers qui touchent de près la vie des entreprises. Voici, regroupés sous 18 thèmes, les dossiers sur lesquels elle concentre ses réflexions et initiatives.


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