Europe first ?

Un consensus politique. Voilà deux termes qui semblent antinomiques. Pourtant, le consensus entre des poids lourds politiques comme Macron, Michel, Breton et Merkel sur la stratégie future de l’Europe semble s’élargir sous l’effet d’un cocktail de développements géopolitiques, tels que la montée rapide de la Chine comme concurrent économique (‘Made in China’), le repli sur soi des États-Unis (‘America First’) et, enfin et surtout, la pandémie mondiale qui exerce une pression sur les chaînes de valeur. L’Europe doit et va se rendre moins dépendante du reste du monde. L’autonomie stratégique ouverte est devenue un fait.


Pieter Timmermans, ADMINISTRATEUR DÉLÉGUÉ
15 décembre 2021

Où se situe notre ‘véritable’ dépendance ?

Mais comment concrétiser au mieux cette autonomie stratégique ouverte ? Sur ce point, les avis divergent. Devons-nous opter pour une souveraineté absolue de l’UE, c’est-à-dire tout faire nous-mêmes et sur notre propre sol ? Ou devons-nous adopter une position plus modérée ? En tant que principale organisation d’employeurs de ce pays, nous préférons la stratégie modérée. Bien sûr, nous rejetons sans équivoque le protectionnisme et l’autosuffisance totale. En effet, le commerce ouvert avec des pays tiers est l’un des plus grands atouts de l’Europe et est absolument nécessaire pour notre économie belge ouverte. De plus, il est loin d’être certain, et encore moins scientifiquement prouvé, que le fait de délocaliser ou de rapatrier certaines activités industrielles en Europe fera vraiment la différence. Une étude récente de la Commission montre qu’à peine 0,6 % de l’ensemble des produits importés dans l’UE doivent être considérés comme particulièrement vulnérables. Donc, il ne paraît guère judicieux de les produire en Europe ou de les remplacer par des alternatives propres (diffusion ou diversification des chaînes de valeur). 

Attention, nous n’affirmons pas que l’Europe n’est (trop) dépendante d’aucun produit. Ce que nous disons, c’est que nous devons identifier clairement notre ‘véritable’ dépendance, en collaboration avec le monde des entreprises et, sur la base de ces constats, renforcer notre capacité de réponse. Une économie ouverte et une diversification ciblée nous aideront à mieux faire face aux crises futures. 

Les atouts et inconvénients des IPCEI

Comment pouvons-nous renforcer concrètement notre autonomie stratégique ? Cela peut se faire, par exemple, par le biais des IPCEI (Important Projects of Common European Interest). Ceux-ci visent à relever ensemble des défis majeurs tels que le climat et la numérisation. Le concept d'IPCEI réside dans le fait qu’il permet aux États membres de l’UE de lancer de grands projets industriels, en combinant des investissements privés et publics substantiels. Un projet qui se voit attribuer le statut IPCEI par la Commission européenne présente l’avantage de bénéficier de règles assouplies pour les aides d’État et de la possibilité pour les États membres de financer jusqu’à 100 % des coûts du projet afin de stimuler d’importants développements industriels en Europe. Pensez aux batteries, à l’hydrogène, à la microélectronique et au nuage européen.

« Il faut donc rester vigilant, avec l’ouverture en ligne de mire » 

Pourtant, ces règles régissant les aides d’État ont leur raison d’être. L’interdiction des aides d’État sert à préserver un level playing field entre les États membres. C’est pourquoi le statut IPCEI, pour notre pays du moins, est une arme à double tranchant. Par rapport à l’Allemagne, la France et l’Italie par exemple, la Belgique a en effet beaucoup moins de poids financier pour participer à chaque nouvel IPCEI qui pourrait donner un coup de pouce aux projets belges. Il faut bien dire que si seuls les grands États membres bénéficient le plus d’un IPCEI, on ne peut plus vraiment parler d’intérêt européen ‘commun’. L’inclusion des petits États membres et la transparence dans la sélection et la gouvernance des projets seront donc de la plus haute importance pour préserver le caractère commun des IPCEI.

En d’autres termes, nous ne pouvons pas considérer les IPCEI comme le seul moyen de développer notre politique industrielle européenne. Nous ne pouvons pas non plus ériger en stratégie absolue le principe ‘Europe first’. Il faut donc rester vigilant, avec l’ouverture en ligne de mire. 

> Voir également Focus International Trade - Le commerce dans un monde de paradoxes  

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