EU Trade Policy – Garante de notre commerce extérieur

Début des années 1960, les six pays fondateurs de la CEE (*) ont choisi de déléguer certaines compétences à la Commission européenne pour négocier la suppression de taxes douanières face aux Américains dans le cadre du Kennedy Round (1964 - 1967) du GATT, l’ancêtre de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). La politique commerciale européenne était officiellement née.


Pieter Timmermans, ADMINISTRATEUR DÉLÉGUÉ
28 avril 2021

Aujourd’hui, cette même Commission continue de négocier des accords commerciaux avec le reste du monde, au nom de ses États membres, en monnayant l’accès au grand marché européen pour ouvrir des marchés tiers aux biens et services européens. L’importance des relations commerciales de l’Union européenne n’a fait qu’accroître au fil du temps, en particulier pour la Belgique qui a ainsi bénéficié d’une double intégration économique, en Europe et avec le reste du monde. Avec ses 45 accords en vigueur, comprenant 77 pays partenaires et représentant un tiers de son commerce extérieur, l’UE est le nœud central du plus grand réseau commercial au monde.

L’agenda commercial européen pour les prochaines années est chargé. Il faut répondre à la recrudescence de barrières commerciales, encore accentuée par la pandémie. De nouveaux risques géo-économiques sont apparus ces dernières années avec notamment une Amérique qui se recentre sur ses intérêts propres, l’émergence fulgurante d’une économie dirigée en Chine ou la multiplication de régimes de sanctions et de restrictions aux exportations. Les défis liés à la révolution digitale et au changement climatique demandent toutefois une coopération étroite au niveau global.

Pour faire face à ces changements structurels, la Commission a récemment repensé sa politique commerciale autour du concept ‘d’autonomie stratégie ouverte’. Les 3 piliers de cette stratégie - ouverture, assertivité et durabilité - devront trouver une certaine cohérence malgré leur apparente contradiction. Quelques réflexions…

L’ouverture au commerce international passera par le sauvetage de l’OMC. Cette organisation est à bout de souffle et n’arrive plus à produire de règles multilatérales par manque de consensus parmi ses 164 membres. Vu l’absence d’accords bilatéraux, les règles OMC régissent actuellement les relations commerciales de la Belgique (et de l’UE) avec l’Inde, les USA, la Chine, la Russie ou encore le Brésil. Il est donc urgent de s’atteler à la réforme en profondeur de l’organisation.

La défense de nos intérêts économiques a été renforcée par la création d’une fonction de shérif européen du commerce, le Chief Trade Enforcement Officer, chargé de lever les barrières commerciales dans les pays tiers et de garantir un level playing field pour nos entreprises. Le but est de compléter graduellement la mission de négociation d’accords commerciaux par leur mise en œuvre concrète sur le terrain. Or une part importante des entreprises méconnaissent encore les avantages de ce type d’instrument. Nous leur conseillons vivement de faire usage de la plateforme Access2Markets, lancée par les services de la Commission.

Le concept d’autonomie mérite cependant une analyse approfondie. Pas de conclusions hâtives motivées par des considérations politiques ! Abstraction faite des problèmes rencontrés dans des sous-secteurs de la santé, nos chaînes de valeurs sont-elles réellement trop dépendantes de l’extérieur, du non-européen ? Nous serons extrêmement vigilants au risque d’ingérence des autorités publiques dans un domaine qui se traduit rapidement en coûts supplémentaires pour les entreprises. L’approche doit rester « business-driven ».

Enfin, le recentrage sur le développement durable de la politique commerciale est important pour la compétitivité de nos entreprises. Nous n’avons aucun intérêt à voir nos concurrents bafouer les règles sociales ou environnementales internationales qui sont réaffirmées dans les chapitres de développement durable des traités de libre-échange de l’UE. Cela étant, l’Europe doit maintenir une approche collaborative et constructive avec ses partenaires. Que nous le voulions ou non, l’Europe n’est plus le centre du monde commercial. L’effet de levier de la politique commerciale en faveur d’autres objectifs publics, bien que légitimes, n’est pas illimité.

Pour conclure, la politique commerciale européenne reste la meilleure garantie de la libéralisation des échanges basée sur des règles. Soyons dès lors vigilants par rapport aux tentatives de renationalisation de cette politique et à la perte de crédibilité internationale lorsque notre pays refuse de ratifier un accord commercial durement négocié.

Suivant le EU Trade Policy Day, nous réitérons le soutien indéniable des entreprises belges à une Politique commerciale européenne qui se veut ambitieuse, durable et fondée sur des règles et la saine concurrence.  

(*) Communauté économique européenne

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