Poussée d’inflation : quelles conséquences pour la compétitivité des entreprises ?

Selon les derniers chiffres publiés par l’institut belge des statistiques « Statbel », la croissance des prix s’est accélérée au cours des derniers mois pour atteindre 2,86% au mois de septembre 2021.


Christophe Ernaelsteen, CENTRE DE COMPÉTENCE ÉCONOMIE & CONJONCTURE Edward Roosens, CENTRE DE COMPÉTENCE ÉCONOMIE & CONJONCTURE
06 octobre 2021

Comme le montre le tableau 1, sur les 2,86% d’inflation mesurée au mois de septembre dernier sur base de l’indice des prix la consommation, 2,26 points de pourcentage (soit 79% de la hausse des prix actuelle) sont attribuables à la hausse des prix dans les catégories « Logement, eau, électricité, gaz et autres combustibles » et « Transport ».

Tableau 1. Inflation selon les 12 groupes principaux de produits

 

Source : Statbel et calculs FEB.

De manière plus détaillée, on retrouve dans ces deux groupes principaux de produits les augmentations du prix du gaz naturel (+48,88% en moyenne annuelle), de l’électricité (+17,32%), du diesel (+19,99%) et de l’essence (+16,64%).

Ces augmentations de prix sont liées à la forte demande actuelle des produits énergétiques sur les marchés internationaux. En effet, avec la reprise économique plus vigoureuse qu’anticipé, d’abord en Asie puis en Europe, la demande pour les produits pétroliers et le gaz naturel est actuellement très élevée notamment pour reconstituer les stocks qui avaient été ramenés à un faible niveau durant la crise du COVID-19. Cela dit, l’inflation reste pour le moment à des niveaux comparables à ce qui a été observé sur les 30 dernières années.

…les pressions inflationnistes devraient persister jusqu’à la fin de l’année…

Bien que la situation soit encore très incertaine, trois raisons peuvent faire penser que des taux d’inflation élevés pourraient persister dans les prochains mois.

Premièrement, la situation de pénurie de matières premières depuis le début de la crise du Covid-19 a poussé les prix à la production (c’est-à-dire les prix auxquels les entreprises s’échangent les biens et services entre elles) à la hausse. Comme le montre le graphique 1, dans l’industrie, à l’exclusion de la construction, les prix des produits échangés entre les entreprises ont augmenté entre le mois de mai 2020 et le mois d’août 2021 d’un indice de 107.2 à 134.0, soit 25% d’augmentation.

Graphique 1. Indice des prix à la production de 2017 à 2021 (2010 = 100)

 

Source : Statbel.

Deuxièmement, la demande pour les produits énergétiques devrait rester élevée avec la reprise économique (qui n’est pas encore revenue au niveau de 2019) et avec l’arrivée de l’hiver et les besoins en chauffage.

Troisièmement, le système d’indexation automatique des salaires pratiqué en Belgique va dans les mois à venir de manière automatique transformer les hausses des prix de l’énergie en hausses salariales qui à leur tour alimenteront l’inflation via les autres secteurs et les autres produits.

Selon le Bureau Fédéral du Plan, les poussées inflationnistes actuelles devraient se poursuivre jusqu’au début de l’année 2022, comme le montre le graphique 2.

Graphique 2. Prévisions d’inflation 2021-2022

 

Sources : Statbel et Bureau Fédéral du Plan.

Quelles conséquences pour la compétitivité des entreprises ?

La hausse générale des prix risque d’enclencher à court terme, via le système d’indexation automatique, des augmentations salariales supérieures à celles observées chez nos voisins. Cette situation augmentera encore notre handicap salarial, qui est déjà de 10% vis-à-vis de nos trois principaux partenaires commerciaux que sont l’Allemagne, la France et les Pays-Bas. Que faire pour éviter cette situation ?

Appliquer et respecter la loi de 1996 révisée en 2017[1] ! Rappelons tout d’abord que cette loi garantit les indexations et les augmentations barémiques. Elle fixe ensuite un plafond d’augmentations salariales supplémentaires (de 0,4% pour 2021-2022), en comptant une marge d’erreur possible de 0,5%, de telle façon que les augmentations salariales en Belgique soient similaires à celles observées en moyenne dans les trois pays voisins. En cas de dépassement, un terme de correction vient alors réduire automatiquement la marge maximale disponible suivante fixée tous les deux ans et sauvegarde ainsi la compétitivité.

Pour la FEB, il est donc essentiel que cette Loi soit appliquée et respectée surtout dans cette période d’inflation plus marquée.

[1] Loi du 26 juillet 1996 relative à la promotion de l’emploi et à la sauvegarde préventive de la compétitivité, révisée le 19 mars 2017. 

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