L’augmentation des coûts salariaux dans un contexte inflationniste

Depuis l’automne 2021, l’inflation des prix à la consommation ne cesse d’augmenter, poussée d’une part par l’augmentation des prix des matières premières, que les entreprises répercutent progressivement dans leurs prix de vente, et d’autre part par l’augmentation des prix de l’énergie (gaz, électricité et produits pétroliers).


Christophe Ernaelsteen, CENTRE DE COMPÉTENCE ÉCONOMIE & CONJONCTURE Edward Roosens, CENTRE DE COMPÉTENCE ÉCONOMIE & CONJONCTURE
13 juillet 2022

À ce contexte inflationniste s’est ajoutée la guerre en Ukraine qui a, à son tour, aggravé la situation, poussant plus encore les prix de l’énergie et des matières premières (notamment alimentaires) à la hausse. En juin 2022, la zone euro a ainsi enregistré un taux d’inflation mesuré sur base de l’indice des prix à la consommation harmonisé de 8,64%. Comment et à quel rythme cette inflation impacte-t-elle les coûts salariaux en Europe ? Cet article a pour objectif de faire le point sur cette question à partir d’une enquête réalisée au sein de de la coupole européenne des employeurs BusinessEurope.

Une situation très hétérogène

L’impact de l’augmentation des prix à la consommation sur les coûts salariaux peut être très différent entre les pays européens car il dépend principalement de deux choses : de l’ampleur de l’inflation que les pays subissent (et elle peut être très différente entre les pays), d’une part, et des mécanismes, niveaux et rythmes de négociations salariales, de l’autre. Notons qu’en Europe seuls quatre pays utilisent encore un système d’indexation automatique des salaires, à savoir Chypre, Malte, le Grand-Duché du Luxembourg et la Belgique. Celui-ci est toutefois partiel pour Chypre depuis 2018 puisque seule la moitié de l’inflation est transmise automatiquement une fois par an en janvier aux salaires. Au Grand-Duché du Luxembourg, le système d’indexation automatique des salaires vient d’être modifié au printemps 2022 et l’indexation des salaires est à présent plafonnée à 2,5% par an et l’indexation supplémentaire due à une inflation supérieure à 2,5% reportée au moment où cela sera possible de l’attribuer.

… liée à une grande différence de systèmes pour déterminer les évolutions salariales

Dans les pays européens où les négociations salariales ont lieu majoritairement au niveau de l’entreprise, les salaires évoluent de manière beaucoup plus différenciée et flexible. Ces négociations se déroulent généralement une fois par an et ne sont pas liées à l’inflation. C’est notamment le cas au Danemark, en Hongrie, en République Tchèque ou encore en France. Même si l’inflation est importante dans ces pays, on peut s’attendre à ce qu’elle ait des effets limités et avec retard.

Pour les pays qui négocient majoritairement les salaires au niveau sectoriel, la situation est quelque peu différente. C’est généralement la négociation dans le premier secteur qui « donne le ton » et les autres secteurs s’alignent dessus même si des divergences peuvent se marquer entre les secteurs. Il en est ainsi en Finlande, en Allemagne, aux Pays-Bas ou encore au Portugal. Ces négociations fixent généralement les augmentations salariales pour une période d’un ou deux ans. Elles sont donc soit en cours en ce moment soit ne débuteront que lorsque le précédent accord prendra fin. Dans ce système, les augmentations salariales tiennent généralement compte de l’inflation que les travailleurs cherchent à compenser mais aussi de bien d’autres paramètres, plus spécifiques au secteur.

Enfin les pays négociant les salaires au niveau national le font principalement au niveau du salaire minimum (l’échelle des salaires pouvant s’ajuster par la suite via les négociations en entreprise). C’est le cas notamment en Grèce, en Bulgarie en Roumanie et en France. Dans ces pays, le salaire minimum est très souvent lié à l’évolution de l’inflation.

Et en Belgique ?

Nous l’avons vu, la Belgique est caractérisée par un système d’indexation automatique des salaires. Complémentairement, une marge maximale disponible est calculée par rapport aux trois pays voisins de manière à définir l’évolution salariale maximale au cours des deux années suivantes. La fréquence et la formule d’indexation des salaires sont par contre définies au niveau sectoriel. La FEB a calculé sur la base des prévisions du Bureau fédéral du Plan que l’indexation des salaires fera augmenter les coûts salariaux en moyenne dans le secteur privé belge de 6,5% en 2022 et de 5,7% en 2023 soit 12,6% en cumulé sur la période 2022-2023. En guise de comparaison, les nouveaux accord conclus au niveau sectoriel au Pays-Bas sont compris entre 3 et 4%, le SMIC en France a été réévalué de 2,65% au 1er mai 2022 et les augmentations salariales au niveau des entreprises sont d’environ 2,4% alors qu’en Allemagne, le round des négociations n’a pas encore été entamé au niveau sectoriel.

FEB – Face à cette crise d’ampleur inédite, la FEB demande aux partenaires sociaux et au gouvernement de réfléchir d’urgence aux mesures complémentaires possibles à prendre pour sauvegarder la compétitivité de nos entreprises. Si l’on ne fait rien, cette crise de compétitivité pourrait rapidement se traduire en pertes de parts de marché, en faillites d’entreprises et en pertes d’emplois. 

Photo ©belga

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