Prix de l'énergie et compétitivité : où le bât blesse-t-il en Europe et en Belgique ?

Après deux années Covid difficiles, cet été était censé être normal pour la première fois depuis 2019. Malheureusement, la crise énergétique actuelle a reporté le retour à un mode de vie plus ou moins normal. Suite à l'augmentation des coûts, nous cherchons tous des moyens pour réduire les factures d'énergie. Ce thème figure d’ailleurs également en tête de l'agenda de la Commission européenne, comme l'a révélé le troisième discours sur l’état de l’Union de la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen.


Pieter Timmermans, ADMINISTRATEUR DÉLÉGUÉ
15 septembre 2022

La hausse des prix du gaz a commencé il y a environ un an. Cela s’expliquait alors par la crainte d'une pénurie de gaz naturel due à la demande croissante en Chine. Cette augmentation, initialement progressive, s’est intensifiée suite à l'invasion de l'Ukraine par la Russie en février 2022. Et ces dernières semaines, le prix a encore augmenté parce que la Russie a fortement réduit ses livraisons de gaz vers l'Europe. Les prévisions antérieures de stabilisation, de normalisation ou de baisse du prix du gaz ne se sont pas confirmées. Par conséquent, plus personne ne semble vouloir s'aventurer à prévoir le prix du gaz.

En raison de la manière dont notre marché de l'électricité est organisé (l'unité de production la plus récente détermine le prix de l'électricité - dans notre cas, très souvent les centrales au gaz qui doivent maintenant fonctionner avec du gaz naturel très cher), le prix élevé du gaz entraîne immédiatement un prix élevé de l'électricité. Résultat ? Les entreprises sont confrontées à la montée en flèche des coûts du gaz et de l'électricité, et ce sans savoir si et quand la situation reviendra à la normale.

L'intervention de l'Europe est nécessaire, mais...

Après que les ministres de l'Énergie se soient réunis le 9 septembre dernier pour élaborer des mesures d'urgence, quelques bonnes décisions ont été prises pour éviter que le prix maximum de l'électricité continue à augmenter. Malheureusement, aucun accord concret n'a été conclu sur un plafonnement du prix du gaz importé par l'UE, ni sur la commercialisation des droits d’émission de la réserve de stabilité du marché (RSM). C’est dommage, car des droits d’émission supplémentaires pourraient modérer le prix de l'électricité.

La présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, a également parlé d'une « intervention urgente et temporaire sur le marché ». Il faut admettre que la terminologie utilisée offre peu de sécurité juridique. Par ailleurs, nous sommes convaincus que les interventions doivent tenir compte de la situation dans laquelle se trouve chaque entreprise.

Quoi qu'il en soit, les interventions européennes n'arrivent pas trop tôt à en juger par les signaux que nous envoient les entreprises dont la facture énergétique explose. Mais elles ne suffisent pas à elles seules pour réduire les factures d'énergie, l’Europe pourrait aller plus loin (introduction d'un plafond pour le prix du gaz, droits d'émission de la RSM). Des mesures supplémentaires de la part de nos gouvernements sont également nécessaires. Le plan global que nous avons élaboré et partagé avec le gouvernement fin août constitue un guide approprié à cet égard. Il contient 12 propositions globales et cohérentes à court, moyen et long terme visant à faire baisser le prix de l'énergie, à réduire les taxes, à ajuster les mécanismes du marché au niveau de l'UE et, last but not least, à réduire notre propre consommation d'énergie. 

Chaque kilowattheure compte

Outre l'approche globale que nous avons proposée au gouvernement, nous devons aussi faire des efforts nous-mêmes. En effet, chaque kilowattheure en moins représente un coût en moins. C'est pourquoi je suis particulièrement heureux que nous prenions des mesures concertées avec toutes nos fédérations sectorielles membres pour consommer le moins d'énergie possible. Nous avons regroupé les actions que nous soutenons dans une charte dont nous faisons la promotion auprès de toutes les entreprises. Il s'agit, par exemple, de baisser la température souhaitée (19°C) dans les locaux, d'éteindre les lumières dans les locaux non utilisés, de fermer les portes entre les espaces chauffés et non chauffés/climatisés...

Comme indiqué plus haut, chaque kilowattheure que nous pouvons nous-mêmes économiser contribue à résoudre la crise énergétique. Cela fait également partie de notre responsabilité économique, environnementale et sociétale.

Un éléphant dans la pièce

Pendant ce temps, l'indexation automatique des salaires traverse notre économie à grand fracas. Nous avons connu neuf indexations de 2% en un an et demi, soit une augmentation des coûts salariaux de plus de 18% ! Le handicap compétitif de nos entreprises par rapport aux Pays-Bas, à la France et à l'Allemagne se dirige à nouveau vers les 16 %, soit le même pourcentage qu'il y a dix ans. À l'époque, cela avait entraîné la perte de dizaines de milliers d'emplois. Si nous n'y mettons pas un terme, le bilan sera lourd : moins d'emplois, moins de revenus et moins d'investissements à l'avenir.

D'où notre plaidoyer - nous continuons à insister - pour un accord tripartite entre les syndicats, les employeurs et le gouvernement. Cela en vue de répartir équitablement et uniformément entre les piliers de notre société les difficultés que nous devons tous inévitablement endurer. Faire peser l'ensemble de la facture sur les entreprises, comme c'est le cas aujourd'hui, c'est fermer les yeux sur ce qui sera bien pire plus tard.

N'ignorons pas l'éléphant dans la pièce. En tant que plus grande organisation d’employeurs du pays, la FEB assume toujours ses responsabilités. Même dans des circonstances très difficiles, des accords sont conclus. Alors, pourquoi cela ne serait-il pas possible maintenant ?

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