Freinons l’explosion des coûts

La FEB ne veut pas jouer les prophètes de malheur, mais elle refuse aussi de chausser des lunettes roses. La reprise de l’économie belge est beaucoup trop fragile pour pouvoir se le permettre. S’il est vrai que notre économie a retrouvé au troisième trimestre de 2021 son niveau de fin 2019, il est très probable que la croissance fléchira au premier semestre de 2022. De plus, le retard de croissance résultant de la crise sanitaire ne pourra pas être rattrapé rapidement.


Pieter Timmermans, ADMINISTRATEUR DÉLÉGUÉ
12 janvier 2022

Notre baromètre conjoncturel semestriel ‘Focus Conjoncture’ montre que 42% des secteurs s’attendent à ce que la situation économique se détériore au cours des six prochains mois. En mai de l’année dernière, ils n’étaient ‘que’ 25%. La baisse de l’optimisme est indissociable de l’explosion des coûts que de nombreuses entreprises ont subie et vont encore subir. Premièrement, il y a l’énorme augmentation des coûts de l’énergie. De plus, la plupart des autres matières premières et ressources sont devenues beaucoup plus chères. Enfin, l’indexation automatique des salaires entraînera à elle seule une augmentation des coûts salariaux de 5 à 6% en 2021-2022, alors que le calcul de la norme salariale tablait sur 2,8%. Par ce seul fait, la compétitivité des entreprises reculera de 2 à 3% par rapport à nos principaux partenaires commerciaux, les Pays-Bas, la France et l’Allemagne. D’autres risques, plus durables, menacent aussi les perspectives de croissance et les coûts salariaux : la pénurie croissante sur le marché du travail, la pénurie aiguë de biens industriels cruciaux, comme les puces électroniques, la perturbation des transports internationaux et, enfin, l’incertitude liée à la vaccination contre les variants du COVID-19 en progression.

Canard boiteux

Si nous n’intervenons pas aujourd’hui, la Belgique redeviendra le canard boiteux de l’Europe. En effet, en raison de l’indexation automatique des salaires, notre pays souffrira beaucoup plus de l’inflation élevée que le reste du monde. La marge de sécurité prévue par la loi de ’96 ne pourra pas compenser l’augmentation prévue des coûts salariaux. En conséquence, nos salaires vont augmenter plus vite que ceux des pays voisins de sorte que notre handicap salarial – que chacun a combattu avec acharnement au cours de la législature précédente pour le ramener de 16 à 10% – remontera de 10 à 14% en deux ans.

Suis-je un défaitiste ? Non, mais bien un réaliste. Notre analyse conjoncturelle montre en effet que l’inflation sera supérieure aux estimations de la Banque nationale ou du Bureau du plan. Une série de secteurs ne sont pas encore confrontés à des augmentations de prix parce que d’anciens contrats de fourniture y sont encore en vigueur. Mais ces augmentations seront inévitables et renforceront encore l’inflation. Une dangereuse spirale salaires-prix se dessine donc.

Éviter un saut d’index

Un saut d’index n’est pas inévitable comme remède, mais il peut offrir une porte de sortie in extremis ! Dans le passé, en Belgique, nous devions intervenir lourdement tous les quinze ans via des sauts d’index, des dévaluations ou des gels de salaires pour éviter des pertes d’emplois dans les entreprises. Cela parce qu’on tardait à chaque fois à reconnaître le problème du dérapage des salaires. Ne nous mettons pas la tête dans le sable au risque de répéter la même erreur, mais intervenons dès aujourd’hui. Nous pourrons alors encore éviter des mesures sévères, comme un saut d’index – que je ne considère d’ailleurs pas comme social. L’indexation n’est pas payée par Saint-Nicolas, mais par les entreprises qui doivent en supporter le coût en performant encore plus ou en appliquant des hausses de prix. C’est pourquoi l’indexation doit être ‘valorisée’ dans le cadre de la concertation sociale. Parallèlement, nous devons respecter scrupuleusement la loi de ’96. De cette manière, l’augmentation salariale supplémentaire pourrait être partiellement absorbée dans l’éventuel accord interprofessionnel de 2023-2024. En outre, des solutions créatives peuvent apporter un soulagement, comme la conversion d’une partie de l’indexation en d’autres formes de rémunération répondant aux défis sociétaux tels que le vieillissement de la population. Toutes les solutions sont les bienvenues, pour autant qu’elles freinent l’explosion des coûts des entreprises.

« Un saut d’index n’est pas inévitable, mais il peut offrir une porte de sortie in extremis ! »

Prévenir plutôt que guérir

 « Gouverner, c’est prévoir ». Il semblerait qu’en Belgique, on soit spécialiste d’une approche en trois phases : d’abord on nie l’existence d’un problème grave, ensuite on le minimise et enfin la réalité du terrain contraint à prendre des mesures drastiques. C’est par définition le cas pour tout ce qui concerne les salaires, les indexations et la compétitivité. Nous appelons donc à s’attaquer au problème à temps – pour une fois – pour éviter des mesures brutales, comme un saut d’index. Mieux vaut prévenir que guérir !

> Cliquez ici pour consulter ou télécharger l’analyse ‘Focus Conjoncture’ 

Photo ©belga

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