Focus Conjoncture – Les entreprises remontent la pente, mais l’explosion des coûts freine la relance

Deux fois par an, la Fédération des entreprises de Belgique (FEB) interroge ses fédérations sectorielles pour mesurer la température économique. Sur base de cette enquête (menée durant le mois de novembre), elle dresse le bilan de la situation économique belge et ses prévisions pour le semestre à venir.

  • Il en ressort que la plupart des secteurs confirment que le rétablissement s’est poursuivi dans le premier semestre de 2021. La situation économique actuelle (novembre) était jugée comme normale ou mieux que normale par deux tiers de nos fédérations sectorielles. Ce n’est donc pas une surprise que les chiffres du PIB montrent que l’économie belge a retrouvé son niveau de fin 2019 au troisième trimestre de 2021.

  • Pour les six mois à venir, l’optimisme est beaucoup moindre. Seulement 16% de nos secteurs s’attendent à une amélioration de la situation économique (contre 25% en mai) et 42% s’attendent plutôt à une détérioration (contre aussi 25% en mai).

  • La baisse de l’optimisme est indissociable de l’explosion des coûts que de nombreuses entreprises ont subie et vont encore subir. Premièrement, il y a l’énorme augmentation des coûts de l’énergie. De plus, la plupart des autres matières premières et ressources sont devenues beaucoup plus chères. Enfin, l’indexation automatique des salaires entraînera à elle seule une augmentation des coûts salariaux de 5 à 6% en 2021-2022, alors que le calcul de la norme salariale tablait sur 2,8%. Par ce seul fait, la compétitivité des entreprises reculera de 2 à 3%.
  • La croissance est aussi menacée par un certain nombre d’autres risques : Les pénuries sur le marché du travail vont-elles encore plus accentuer les hausses de coûts salariaux des entreprises ? La pénurie de certaines marchandises industrielles (ex. les puces électroniques) et dans les transports internationaux va-t-elle durer longtemps ? Et la vaccination offrira-t-elle une protection suffisante contre les nouveaux variants ?
  • Dans ce contexte difficile, les entreprises continuent quand même d’investir, surtout dans l’innovation et le digital. La moitié de nos secteurs estiment que la croissance des investissements va encore s’accélérer.

  • Somme toute, il est fort probable que la croissance va perdre de son élan lors du premier semestre de 2022 et que le retard de croissance dû au COVID, ne va pas être rattrapé rapidement.

Presse, COMMUNICATION & EVENTS
07 janvier 2022

Activité économique : ferme reprise en première moitié de 2021, mais perte d’élan en vue

Les résultats de l’enquête montrent que le redressement économique s’est affermi au premier semestre 2021. En novembre, presque deux tiers des répondants déclaraient un niveau d’activité économique actuel égal ou supérieur à la normale (contre 50% en mai) et on comptait moins de secteurs pessimistes (36% contre 50%). Concernant les perspectives économiques dans six mois, l’optimisme a fortement reculé. Il y a moins de secteurs anticipant une hausse d’activité dans six mois : alors qu’ils étaient cinq en mai, ils ne sont désormais plus que trois (l’intérim, les TIC et la construction), parmi lesquels on ne retrouve plus aucun secteur industriel. Il y a aussi 42% de nos secteurs qui s’attendent à une détérioration du climat économique (contre 25% en mai).

Emploi : un peu plus de la moitié des secteurs s’attend à un maintien de l’emploi dans les 6 mois

L’approche prospective des secteurs concernant l’emploi est restée stable par rapport à notre enquête précédente. Un peu plus de la moitié des répondants s’attend à ce que l’emploi retrouve son niveau normal dans six mois.

Les entreprises vont continuer à investir

Plus de 50% des répondants comptent augmenter leurs investissements dans les six prochains mois. En mai, ils n’étaient que 15% des secteurs à en avoir l’intention. Une hausse des attentes d’investissements qui est poussée par l’innovation et la numérisation. 80% déclarent que l’importance de l’investissement en innovation est forte.

Perspectives économiques : une croissance de 5,4% en 2021 puis de 2,2% en 2022

De l’enquête réalisée auprès de nos secteurs, il ressort que l’économie belge s’est plus ou moins rétablie du choc de 2020 dans les trois premiers trimestres de 2021. Le niveau d’avant la crise (dernier trimestre 2019) a été retrouvé au troisième trimestre de 2021. La croissance serait dès lors de 5,4% en 2021, mais faiblirait assez fortement jusqu’à 2,2% en 2022.

En effet, les résultats de notre enquête montrent que la reprise devrait perdre de son souffle dans les prochains mois. Les entreprises ont été confrontées à quelques évolutions préoccupantes ces derniers mois et d’autres risques pointent à l’horizon des entreprises.

En premier lieu, la forte hausse des coûts des entreprises affecte les perspectives. En plus de la flambée des prix énergétiques et des prix d’autres matières premières et intrants, les entreprises vont être confrontées dans les mois qui viennent à une forte augmentation des coûts salariaux. L’accélération de l’inflation va provoquer, via le mécanisme d’indexation automatique des salaires, une hausse immédiate des coûts salariaux. À côté de cela, les pénuries sur le marché du travail risquent de générer une dérive des salaires et ainsi remettre une couche supplémentaire aux hausses des coûts salariaux.

Par conséquent, la compétitivité des entreprises pourrait se détériorer de plusieurs points de pourcent vis-à-vis des entreprises des pays voisins. Cela ne restera pas sans conséquence pour nos parts de marché à l’exportation.

De surcroît, des nouvelles vagues COVID avec des variants plus virulents ou résistants aux vaccins (ex. Omicron), avec de nouvelles restrictions sanitaires, pourraient (à nouveau) avoir des effets négatifs sur la croissance économique.

Recommandations : stimuler la croissance et l’emploi

1. Les employeurs peuvent participer à la campagne de vaccination

Premièrement, il faut faire face à la crise sanitaire en offrant au plus vite une injection de rappel du vaccin à une proportion aussi importante que possible de la population. Le gouvernement peut certainement faire appel aux grands employeurs pour vacciner vite et efficacement. En outre, il ne peut être question de fermer à nouveau les entreprises de production ou le commerce. L’application correcte des protocoles sectoriels existants concernant la distanciation, l’organisation du travail (qui a déjà en soi un impact défavorable sur la productivité), l’hygiène et la ventilation doit suffire.

2. Remédier à la crise de la compétitivité et de l’énergie

Le gouvernement peut remédier à la crise de compétitivité en supprimant, bloquant temporairement ou réformant structurellement l’indexation automatique des salaires. Il faut pour le moins maintenir et appliquer correctement la loi sur la norme salariale Il peut faire face à la crise de l’énergie en réduisant temporairement les taxes sur l’énergie et en choisissant un mix énergétique qui garantira à notre pays une énergie abordable et sûre à long terme.

3. Du travail flexible pour un maximum de personnes

Pour stimuler le marché du travail, nos autorités publiques pourraient, en bonne collaboration avec les partenaires sociaux, alléger les charges sur le travail tant pour les travailleurs que pour les employeurs, créer un meilleur climat pour l’e-commerce en n’appliquant le régime du travail de nuit qu’à partir de minuit, réintégrer autant que possible les 500.000 malades de longue durée sur le marché du travail et instaurer un bon système d’apprentissage tout au long de la carrière qui motive et responsabilise tous les acteurs concernés (tous les citoyens en âge de travailler, les autorités publiques, les travailleurs, les employeurs, les services de l’emploi, l’enseignement).

« Nous sommes confrontés à des prix de l’énergie structurellement plus élevés et à une politique de la BCE qui pousse l’inflation à la hausse. Le risque est réel que notre système d’indexation automatique des salaires n’engendre une nouvelle spirale salaires-prix. Nous savons d’expérience combien cela peut être dévastateur pour l’emploi et donc pour le pouvoir d’achat de la population. Nous avons besoin à présent – et sans attendre - d’actions claires pour garder nos entreprises ouvertes, mettre un maximum de gens au travail et sauvegarder la compétitivité de notre pays. Il y a encore une chance d’éviter que la Belgique redevienne le canard boiteux de l’Europe. Mais tous les indicateurs sont aujourd’hui à l’orange et il est urgent d’éviter qu’ils ne passent demain au rouge », conclut Pieter Timmermans, administrateur délégué de la FEB.

Consultez l’enquête « Focus Conjoncture » ainsi que la présentation ici. 

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